Open d'Australie - FINALE
R. Federer bat A. Murray 6-3 6-4 7-6
Q: Est-ce que tu penses que ta capacité de récupération est aussi importante que tes coups?
R: Oui, le placement est essentiel dans le tennis, surtout à notre niveau. En ce moment, cela devient très physique, surtout du fond de court. Ce n’est plus vraiment un déplacement d’avant en arrière, mais plutôt un déplacement d’un côté à l’autre.
J’ai l’impression que mon placement est de retour. C’est super. Je devais absoluement disposer de mon meilleur tennis ce soir pour espérer gagner. Ca a été le cas.
Q: Tu as trouvé le match très statégique ce soir? Plus que d’habitude?
R: C’est un joueur très patient du fond de court. Je pense que c’est grâce à cette qualité qu’il est arrivé au top du classement. Il ne manque pas beaucoup de coups, il est dangereux et change beaucoup de rythme…. des balles arrondies et d’autres molles. Il cherche les angles, joue très fort sur les longs de ligne ainsi que sur son revers. C’est ce qui en fait un adversaire très difficile.
Je trouve que le premier set s’est joué au mental et physique. J’ai trouvé qu’il mettait beaucoup d’intensité dans le jeu. Le premier set aurait très bien pu basculer d’un côté comme de l’autre. Pour moi, obtenir le premier break et continuer à bien jouer était crucial. Et pour lui aussi d’ailleurs. C’est pourquoi nous avons si bien joué.
L’un d’entre nous devait remporter ce premier set. Heureusement, ca a été moi. J’ai trouvé que j’avais bien frappé la balle. Je me suis senti bien dès le départ. Je savais depuis le début que ca allait être un match très intense. Je suis heureux d’avoir pu jouer agressif en me montrant patient en même temps car c’est ce à quoi on doit s’attendre quand on joue Murray.
Q: Après l’émotion d’avoir gagné un 14e puis un 15e titre, qu’est ce que cela fait d’en gagner un 16e?
R: Je pense qu’il faut aussi considérer la manière dont se termine un match. Est-ce à 40-0 et qu’on sert en ayant une avance de 5-0, ou bien dans un tie-break… Je ne connais même pas le score, 13-11. Parfois cela finit avant qu’on s’en aperçoive.
J’ai ressenti la même sensation qu’à Wimbledon parce que, tout à coup, le match est fini et ca me frappe. Alors qu’avant je venais de faire un dropshot en pensant que j’avais gagné. J’aurais pu avoir bien plus d’émotions. Mais après avoir perdu ce point, j’ai pensé: Mon Dieu, il vient juste de me retirer le trophée des mains. Je vais peut-être perdre finalement. Deux ou trois points plus tard, j’ai quand même gagné.
Au niveau émotionnel, c’est comme un rollercoaster. On essaye de rester très concentré. Je crois que, lorsque la balle de match a été convertie j’ai pensé: Mon dieu, c’est fait. C’est ce que j’ai ressenti, et c’était vraiment super.
Q: Comment fais-tu pour continuer année après années, Grand Chelem après Grand Chelems? Ca semble si facile et pourtant ca ne l’est pas.
R: Il n’y a pas de secret. Je suis simplement un joueur très talentueux (rire). J’ai toujours su que j’avais quelque chose de spécial, mais je ne savais pas que ca irait aussi loin.
J’ai travaillé très dur pour apprendre à sortir le bon coup au moment donné. Par exemple, sur la balle de match, j’ai décidé de jouer un dropshot. Tu dois être complètement fou pour tenter un coup comme ca.
Mais j’ai toujours su que j’avais cela entre les mains. La question était de savoir si je l’avais aussi dans l’esprit et les jambes. Pour cela, j’ai travaillé extrêmement dur. Aujourd’hui, la nouvelle génération me bouscule énormément. J’ai toujours l’impression que le tennis évolue tous les 6 ans.
Lorsque je suis arrivé sur le circuit, les matchs se jouaient différemment. On y allait parfois au bluff, les mecs servaient très bien mais avaient toujours une faiblesse. Aujourd’hui, ca n’existe plus. Et cela, on le doit à des jeunes comme Murray. Ils m’ont permis de m’améliorer parcequ’aujourd’hui, j’ai effectué l’une de mes plus belles performances depuis un long moment.
Q: Andy a dit qu’il savait pleurer comme toi, mais pas jouer comme toi. Tu as été très éloquant à son sujet par la suite. Qu’est ce qui t’a fait dire qu’il allait gagner un de ces titres?
R: Et bien, il se déplace superbement bien, c’est un grand tacticien et il possède un très bon revers. Il a tout pour battre les meilleurs dans des grands tournois. Parfois, ca ne se passe simplement pas de la manière dont on le souhaiterait. Et puis, un beau jour, ca arrive sans qu’on s’en apercoive vraiment.
Il fait partie d’une génération très difficile pour l’instant. Il y a beaucoup d’adversaires. J’ai dominé sur dur et sur herbe durant un long moment; Rafa sur terre. Rafa est devenu très bon sur les autres surfaces et vice-verca.
Q: Alors, les Grands Chelems ne sont pas faciles à gagner. Je l’ai montré ce soir. Mais il a un mental très fort et je pense qu’il possède le jeu pour le faire. Ce n’est qu’une question de moment.
R:
Q: Vu la manière dont tu te sens physiquement et la manière dont tu joues, on a l’impression que tu peux continuer ainsi durant 4 ou 5 ans. Tu n’as jamais l’air d’être fatigué. Tu as un nouveau kiné qui t’accompagnes.
R: Il n’y a jamais aucune garantie. Le tennis a toujours fonctionné ainsi. Depuis 10 ans, a chaque entrainement que je fais, je souhaite continuer à être en bonne santé.
Mais j’ai l’impression que mon jeu ne demande pas autant d’efforts qu’aux autres joueurs. Je suis toujours très calme lorsque je joue. J’essaye de donner le meilleur. Je suis professionnel.
Mais hors des courts, je passe beaucoup de temps avec ma famille et mes amis, à me relaxer. Il y a des choses plus importantes dans la vie que le tennis. Je crois que j’ai toujours eu une vision claire de ce qu’est ma vie. Ca m’a aidé à me sortir des phases difficiles, parce que je sais que je vis une période incroyable.
Nous verrons comment elle se terminera. J’espère que ca n’est pas pour bientôt.
Q: Peux-tu comprendre que Andy ait pleuré à la fin? Tu es passé par ce moment là. Tu as même dit que c’était difficile de gagner le premier grand chelem. Tu comprends pourquoi il s’est laissé aller à la fin?
R: Oui, bien sûr. Ca m’est arrivé aussi. Je pense qu’à l’US Open, tout s’est enchainé très vite pour lui là-bas. Il a joué samedi, dimanche dont un match contre Rafa.
Avant qu’il ait pu s’en rendre compte, il était en finale de l’US Open. Et il l’a perdu. Mais il était quand même content du résultat parce qu’il avait remporté une victoire superbe sur Rafa. Mais peut-être qu’il n’a pas eu le temps de ressentir des émotions.
Je ne sais pas si je l’ai déjà dit, mais à l’US Open, il y a beaucoup de bruit alors on ne pense pas vraiment à la manière dont on a joué et si l’on est déçu. Ici en Australie ou à Wimbledon, c’est très différent. C’est très calme. Il y a une standing ovation. Et l’émotion monte durant la cérémonie des trophés.
Je pensais qu’il allait bien, avant qu’il ne me dise qu’il y allait certainement avoir des larmes. Je lui ai répondu: ca va aller. Et puis, finalement il a pleuré.
C’était difficile à regarder mais en même temps, j’aime voir des joueurs qui aiment le jeu à ce point. C’est très touchant. Je lui souhaite le meilleur.
Extrait d'Interview FastScripts by australianopen.com trad. tennismondial.com





